Alice, Ã travers le miroir de Lostfish
Le 13 janvier 2011. Auteur: Isabelle Godard
Article classé dans BD - Manga, Culture
Alice, Alice, une petite partie d’échecs ? A condition de ne pas s’endormir… A travers le miroir, illustré par Lostfish, nous emmène folâtrer quelque part au-delà de l’autre côté et rencontrer reine rouge, reine blanche, Gros Coco and coe dans le plus pur style Lewis Carroll.
Écrit en 1871, A travers le miroir est la suite illogique de l’archi-connu Alice au pays des merveilles… Alice tente vainement par une après-midi oisive, d’apprendre les échecs à Dinah, son petit chat, avant de s’assoupir d’ennui. Passant alors à travers le miroir du salon, elle se retrouve dans un monde inversé où elle évolue en rencontrant les différentes pièces du jeu d’échec, passant d’un statut peu envié de pion, à celui de reine, avant de se réveiller… Mais rêvait-elle, au fait ?
Ce miroir-là est une relecture graphique des personnages du roman d’origine. Accompagnant le texte intégral original traduit par Jacques Papy, et loin d’une féérie sucrée, Lostfish revisite l’histoire avec un style qui n’appartient qu’à elle. Ses poupées graciles et diaphanes aux extrémités rosissantes animent les pages de leurs regards étrangement lucides et candides, et promènent leurs silhouettes à la limite de la difformité dans un univers baroque girlie où les jolis noeuds se font parfois menaçants, où les petites filles trompent les apparences, à moins que ce ne soit le contraire. Il y a un je ne sais quoi d’inquiétant et de délicat, d’innocent et de monstrueux dans ces miniatures…
« Voyons, Kitty, réfléchissons un peu à une chose : qui a rêvé
tout cela ? C’est une question très importante, ma chérie… »
A la rencontre des personnages étranges peuplant le pays du miroir, il y a Alice, mais il y a aussi le lecteur, qui jouira des dialogues savoureux et du nonsense si cher à Carroll. Le texte est une merveille (sans jeu de mot!) d’onirisme et d’absurdité comme seul le cerveau de Caroll a jamais pu la concevoir. Et c’est dans le nonsense que l’on conçoit aussi ces illustrations qui n’en font exactement qu’à leur tête et le contraire de ce que l’on attend d’elles ; comme les pièces d’un échiquier valsant à leur guise en se riant des convenances. Elles nous rendent aussi cette pincée d’inquiétude sans laquelle la légèreté ne serait que factice – ou ce vertige délicieux qu’on éprouve en regardant évoluer ces femmes-poupées, avec grâce, comme des funambules sur le fil des pages…
Conte pour adulte, féérie pour non-croyants, A travers le miroir est bien ce que je pensais être : une invitation au frisson… Préfacé par l’un des maître du Lowbrow Art, Trevor Brown, il donne envie d’aller fouiller un peu du côté de cet art méconnu parti des années 70’s – méconnu de moi, en tout cas, mais dont on trouve des traces assez facilement autour de nous : détournement de personnages, de croyances populaires et des codes du merveilleux et de l’horreur, art du contournement… Vous en aurez un petit aperçu ici : http://leblogaj.over-blog.com/article-25311042.html
En attendant la sortie de l’album, un petit aperçu de quelques planches :
Alice, à travers le miroir, ed. Soleil, collection Métamorphose. Sortie le 26 janvier.

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J’adore ce genre de découverte d’abord « A Travers le Miroir » dont je n’avais jamais entendu et ensuite le Lowbrow Art qui m’était totalement étranger. Mais c’est sûr maintenant je vais fouiller…
Oui, moi aussi j’adore ! C’est ce que je trouve génial dans cette collection (Métamorphose) : les choix éditoriaux de Barbara Canepa et Clotilde Vu ne sont pas évidents au premier abord et jusqu’à présent, tous leurs ouvrages ont amené quelque chose d’intéressant du point de vue BD, ou graphisme. Moi je dis à suivre !