Ben au Mac de Lyon : Non merci !

Le 21 mai 2010. Auteur: Delphine Bellon  
Article classé dans Art Moderne, Critiques, Culture

BizartbazartImpossible d’y échapper si vous êtes lyonnais ou de passage dans la capitale des Gaules : il est partout. Les rues de la ville sont couvertes de panneaux et d’affiches. Le moindre espace pouvant accueillir de la pub est utilisé. Même les tickets de parking vous le rappellent. Ben a envahi Lyon… et on s’en serait bien passé.

Le musée d’art contemporain (mac) de Lyon présente depuis début mars et jusqu’à juillet une rétrospective du francais d’origine suisse Ben. Benjamin Vautier dit Ben, tout le monde connaît. C’est cette écriture ronde et ces petites phrases populaires plus ou moins bien senties écrites en blanc sur fond noir et reproduites sur une quantité infinie de produits : stylos, cahiers, tasses, torchon de vaisselles, etc. Pour certains, tout cela n’est qu’une marque usant un concept pas très neuf (la petite phrase « choc »). Pour d’autres, c’est de l’art.

onesttousego Donc je pose la question tout net : ce grand show Ben est-il bien nécessaire ?

Le premier étage est consacré à cette écriture si populaire. Plus de 1000 « œuvres » sur 3000 m2 soit la totalité du musée, autant dire que le phénomène de saturation et d’agacement m’a rapidement gagné. Ben sur des tee-shirts dans une boutique, pourquoi pas, mais tout l’espace d’exposition recouvert du sol au plafond, c’est le ras le bol dès la 3ème salle. Et en regardant de plus près dans cette profusion inutile, mon opinion est qu’il n’y a rien d’intéressant ou qui porte à la réflexion. Ben dit interroger les notions d’art ou d’ego, mais ce n’est rien d’autre qu’une logorrhée très nombriliste. « Lisez moi. Je n’ai rien à dire sur rien, mais lisez moi quand même. » Il n’y a pas de mise à distance ou d’impertinence.

Et pour enfoncer le clou de l’irritation, il y a ces photos de Ben faisant des « happening » comme se faire photographier se curant le nez. « Regardez moi, je fais n’importe quoi ». Ça n’a strictement aucun intérêt. Qu’il fasse n’importe quoi n’est pas le problème (nombre de personnes sont célèbres pour ça) mais là encore il manque une analyse ou une réflexion que le mac aurait pu proposer à défaut de Ben lui-même.

Aux étages supérieurs, les murs sont libérés de tous ces mots et ce sont des « installations » qui sont présentées aux visiteurs. C’est plus plaisant à l’œil. Parce qu’il y a des petites mises en scènes et de la musique et au premier abord l’esprit festif et attractif fonctionne. Mais au final, ce n’est qu’une accumulation d’objets. Je déambule dans cet espace comme dans un magasin Gifi ou Babou. Ben dit revendiquer ce côté petite brocante mais le problème c’est qu’il n’y a rien de plus que cela. Ça n’a pas plus d’intérêt et tout ce volume sonne creux.

Dans une débauche de communication, le mac de Lyon veut présenter cette rétrospective comme un événement artistique d’importance et Ben comme un artiste majeur du 20ème siècle. Pour répondre à la question initiale, je ne crois pas que ce show Ben soit nécessaire. Ben est avant tout une marque, un produit merchandising. Le mac a en conscience mais dans la scénographie et le discours proposé, il y a beaucoup trop de pompeux et quelque chose sonne faux. Au final, en tant que visiteur-qui-est-capable-de-réflexion, il y a un sentiment de tromperie. En misant sur la popularité de Ben pour attirer des visiteurs et tenter de renouveler le succès de l’exposition Keith Haring, le mac a fait un choix peut-être gagnant pour ses comptes mais pas pour la stimulation intellectuelle de ses visiteurs.

Strip-tease intégral de Ben, Musée d’art contemporain, Lyon, jusqu’au 11 juillet 2010.

http://www.mac-lyon.com/mac/

Crédits photos / Article : BEN, On est tous ego…, 1998, 162 x 130 cm, Acrylique sur toile, Collection particulière © photo : Eva Vautier © Adagp, Paris, 2010

Crédits photos / Page d’accueil : BEN, L’art mange l’art, 2005 Diamètre 90 cm, Acrylique sur bois, Collection particulière © photo : Jean Bernard © Adagp, Paris, 2010

Crédits photos / Vignette : BEN, Bizart baz’art, 2003, Cabane meublée avec plateforme à ciel ouvert, dont les murs sont couverts d’objets hétéroclites, 546 x 546 x 550 cm, Collection de l’artiste, en dépôt au Musée d’art contemporain, Lyon © photo : Blaise Adilon © Adagp, Paris, 2010

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Commentaires

4 réponses à “Ben au Mac de Lyon : Non merci !”
  1. PY© dit :

    « Ben est un hasbeen »
    « Mr Bean est plus drôle que Meussieur Ben »
    « Ben fait du ressucé »
    « Ben est marketing »
    « Ben vend »
    « Ben solde »
    « Ben discount »
    « Ben cher »
    « Ben bas de gamme »
    « Ben profite »
    « Ben marge »
    « Ben fait du chiffre avec des lettres »
    « Ben n’a pas d’idée »
    « Ben n’a pas de pensée »
    « Ben est chiant »
    « Ben nous emmerde »
    « Ben est du prêt à penser »
    « Ben is not art »
    « Ben illettré »
    « Ben a eu une idée récurrente et itérative, qui dure »
    « Ben a fait des progrès en calligraphie entre le CP et le CM2″
    « etc. »
    ©moi-et-pas-Ben
    PY©

  2. Zooleil dit :

    Très bonne critique avec laquelle je suis d’accord à 100%.

  3. manue dit :

    Bien cruels vous êtes, c’est la première expo où je ressors en ayant eu des fous rires. Première expo où les visiteurs participent à l’expo grands ou petits. J’ai découvert l’étendu de l’oeuvre, d’un homme que je pensais écrite en blanc sur des trousses ou de la papeterie. Un manifeste de 50 ans d’engagement qui peut paraître futile, mais voilà il interpelle, il questionne, et n’est-ce pas la définition d’un artiste ? Un être fou singulier et idéaliste, une découverte.Pot pourri: L’art est provocation, pas d’art sans souffrance, et « l’art s’est s’en rendre compte ». ) n’est-ce pas ?

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